Contrats et baux commerciaux27 septembre 20263 min
Logiciel qui ne marche pas et engagement de plusieurs années : peut-on résilier ?
Deux cents euros par mois pendant cinq ans pour un logiciel conçu pour un autre métier et qui bugue sans arrêt. L'engagement interdit en principe de partir. Mais un contrat oblige les deux parties : quand le logiciel ne rend pas le service promis, la résiliation devient possible, à condition de suivre les étapes.
Une cliente payait 200 € par mois pour un logiciel de gestion. Il avait été conçu pour une autre activité que la sienne, et rien ne fonctionnait comme prévu : des tâches censées être automatiques se faisaient à la main, des données disparaissaient, l'éditeur répondait de moins en moins. Elle avait signé pour cinq ans. Il lui restait plus de trois ans à payer pour un outil qu'elle n'utilisait plus. Elle pensait n'avoir aucune issue. Elle en avait une.
Ce que l'éditeur vous doit
Un contrat de logiciel en ligne est un contrat de prestation de services. L'éditeur doit délivrer un service conforme à ce qui a été promis dans le contrat, la documentation et la proposition commerciale. Il doit aussi le maintenir : quand il s'engage sur une disponibilité ou des délais de correction, ces engagements sont contractuels. Le Code civil, aux articles 1217 et suivants, donne à celui qui subit une inexécution plusieurs armes : refuser de payer tant que le service n'est pas rendu, demander une réduction du prix, obtenir la résolution du contrat, et réclamer des dommages et intérêts.
La clause à chercher dans votre contrat
Beaucoup de contrats SaaS contiennent une clause de niveau de service, un engagement de disponibilité ou une procédure de traitement des incidents. Certains prévoient une résiliation anticipée en cas de dysfonctionnement persistant, après signalement et délai de correction. Cette clause est votre première porte de sortie. Quand elle n'existe pas, le droit commun s'applique : une inexécution suffisamment grave justifie la résolution, même sans clause.
La marche à suivre
- Documenter : captures d'écran datées, tickets ouverts, mails restés sans réponse, heures perdues en saisie manuelle. Le juge ne croit que ce qu'il voit.
- Relire le contrat : durée, préavis, clause de dysfonctionnement, plafond de responsabilité, tribunal compétent.
- Mettre en demeure l'éditeur par lettre recommandée : décrire les manquements, exiger la correction sous un délai précis, annoncer la résolution à défaut.
- En l'absence de correction, notifier la résolution du contrat, en visant la clause ou l'article 1226 du Code civil.
- Réclamer la restitution des sommes payées pour la période où le service n'a pas été rendu, et réparation du préjudice, par exemple le coût du temps de saisie.
Dans le dossier de la vidéo, un courrier de mise en demeure et une demande de réparation chiffrée ont suffi : l'éditeur a accepté de mettre fin au contrat sans indemnité et de rembourser plusieurs mois. La perspective d'un procès où sa propre documentation servirait de preuve l'a convaincu.
Les pièges qui font perdre du temps
- Cesser de payer sans écrire : l'éditeur coupe l'accès, vous perdez vos données et vous devenez le débiteur en tort.
- Attendre la fin du contrat en espérant qu'il ne se renouvelle pas : la tacite reconduction est fréquente, avec un préavis de trois mois.
- Se plaindre par téléphone : ce qui n'est pas écrit n'existe pas dans un dossier.
- Signer un avenant « commercial » qui prolonge la durée en échange d'un rabais.
Questions fréquentes
Puis-je arrêter de payer un logiciel qui ne marche pas ?
Pas sans formalité. L'exception d'inexécution existe, mais elle suppose une inexécution grave et une notification écrite. Sinon, vous êtes en défaut de paiement et l'éditeur a beau jeu de réclamer le solde du contrat.
Un contrat de cinq ans est-il valable entre professionnels ?
Oui. Entre professionnels, la durée est libre. Ce qui se discute, c'est l'exécution : un service qui ne rend pas ce qu'il promet peut être résolu quelle que soit la durée signée.
Que faire de mes données si je résilie ?
Demandez-en l'export avant toute rupture, par écrit. La plupart des contrats prévoient une période de réversibilité ; la réglementation sur les données personnelles impose aussi leur restitution ou leur suppression à votre demande.
Yasminatou Lassissi, avocate au barreau de Paris. Cet article donne un cadre général et ne remplace pas l'examen de votre dossier : aucune situation n'est identique à une autre, et aucun résultat ne peut être garanti.